Moyen-Orient : impacts sur le transport maritime et aérien de marchandises
Le conflit en cours au Moyen-Orient entraîne des perturbations majeures pour le transport maritime et aérien international. La fermeture du détroit d’Ormuz, corridor maritime par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial, impacte directement les routes commerciales et les flux logistiques. Plusieurs compagnies maritimes ont suspendu leurs réservations ou modifié leurs itinéraires, tandis que des navires restent immobilisés dans le Golfe persique. Des surcharges exceptionnelles et des restrictions opérationnelles sont mises en place par les transporteurs. En parallèle, les fermetures d’espaces aériens dans la région du Golfe impactent directement les connexions entre l’Europe, l’Océan Indien et l’Asie. Dans ce contexte évolutif, nous vous invitons à anticiper des retards, des reroutages et des coûts supplémentaires. Voici un point de situation des impacts sur le transport de marchandises.
Fret maritime : point de situation
Trafic maritime en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz
Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20% des flux mondiaux de pétrole et de GNL, fait l’objet d’une fermeture annoncée par l’Iran empêchant le transit des navires et générant des répercussions structurelles immédiates sur l’ensemble des chaînes logistiques mondiales.
Les principaux hubs de conteneurs du Golfe Persique constituent des nœuds de transbordement critiques pour les échanges entre le Moyen-Orient, l’Asie et l’Europe. Leur mise hors circuit induit mécaniquement un réacheminement massif du fret régional, générant des congestions en cascade dans les ports en Asie ou en Europe.
Fret maritime : point de situation au 1er avril 2026
La situation évoluant rapidement, nous vous avons préparé un point de situation à télécharger gratuitement ci-dessous :
Suspension des réservations :
Arrêt de nouveaux bookings sur les ports du golfe persique. Les principales compagnies ont introduit des restrictions ou des arrêts temporaires de réservation sur certaines lignes à destination de la région et redirigé leurs navires vers des zones d’abri sûres jusqu’à nouvel ordre. En effet, le maintien du service est économiquement intenable suite à la suppression de la couverture "risque de guerre" par les assureurs. En savoir plus sur l'assurance des marchandises ici ▸
Modification des itinéraires :
- Navires bloqués et détournés : rotations des navires modifiées vers des ports de déchargement alternatifs et déclarations de fin de voyage annoncées pour tous les bookings à destination du golfe persique.
- Débarquement en cours ou sur les ports identifiés comme les plus "sûrs" avec priorité donnée à Khor Fakkan (Charjah, UAE) et Sohar (Oman) dans un premier temps. Ces ports servent actuellement de points de déchargement alternatifs afin de permettre la poursuite de l’acheminement des marchandises vers leurs destinations finales.
- En fonction de la durée des hostilités et du volume accumulé sur ces ports, les compagnies pourront être amenées à débarquer les conteneurs dans les ports sud-est asiatiques tels que Singapour, Tanjung Pelepas, Port Klang, ou sur d'autres hubs de transbordement internationaux, voir du sous continent indien tels que Colombo, Mundra, Nhava Sheva.
- Maintien des services à destination de la Mer Rouge avec des ajustements d’itinéraires pour certaines lignes.
Pénuries de carburant régionales :
- Si les réserves mondiales de pétrole sont suffisantes, la fermeture d'Ormuz crée des déséquilibres géographiques. Certains ports font face à des pénuries massives de fuel, forçant les compagnies maritimes à redéployer leurs propres stocks au sein de leur réseau pour éviter l'immobilisation de ses navires.
Surcharges :
- Mise en place des surcharges "risque de guerre" pour les conteneurs à destination de la mer rouge ou en cours d'acheminement vers le Moyen-Orient.
- Application des frais de diversion pour les conteneurs subissant la fin de voyage sur un port de substitution.
- Implémentation de surcharges : "Emergency Disruption Surcharge" (EDS), "Emergency Fuel Surcharge" ou encore Emergency Bunker Surcharge (EB) par plusieurs compagnies maritimes. La surcharge appliquée par la compagnie s’applique généralement à tous les contrats, indépendamment de leur période de validité et des conditions commerciales préalablement négociées, en anticipation des hausses du coût de bunker.
Espaces maritimes fortement restreints ou fermés :
| Pays / Zone | Accès aux zones portuaires |
|---|---|
| Arabie Saoudite | Mer Rouge : ports opérationnels et accessibles (Jeddah, King Abdallah Port, Yanbu, NEOM) |
| Arabie Saoudite | Golfe Persique : opérationnels mais inaccessibles |
| Bahreïn | Non-opérationnel |
| Emirats Arabes Unis | Khor Fakkan accessible mais congestionné |
| Emirats Arabes Unis | Golfe Persique : opérationnels mais inaccessibles |
| Irak | Opérationnels mais non accessibles par le détroit Hormuz |
| Iran | Opérationnels mais non accessibles par le détroit Hormuz |
| Israël | Ports opérationnels et accessibles |
| Jordanie | Opérationnel et accessible |
| Koweït | Opérationnel mais inaccessible par le détroit D'ormuz |
| Oman | Ports Opérationnels; Sohar/Salalah accessibles |
| Qatar | Ports opérationnels mais inaccesibles par le détroit d'Hormuz |
| Syrie | Opérationnel et accessible |
Conséquences directes sur vos acheminements maritimes :
- Perturbation des connexions entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe : la fermeture du détroit d’Ormuz paralyse l’accès aux principaux hubs de transbordement comme Jebel Ali et Abou Dhabi, forçant les armateurs à détourner leurs navires vers des ports de substitution pour sécuriser les cargaisons et pallier les pénuries régionales de carburant.
- Augmentation des prix de fuel : surcharges complémentaires appliquées sur les taux de fret, augmentation sur les prix de transport local France à prévoir très prochainement.
- Délais de transport rallongés : notamment pour les flux transbordant par les hubs du sud-est asiatiques (Singapour, Port Kelang, Tanjung Pelapas) voir Colombo.
- Coûts de l'assurance : la couverture d'assurance contre les risques de guerre devient plus restrictive et nettement plus coûteuse, les frais sont répercutés sur les taux de fret maritime.
- Congestion sur les ports européens : délais de débarquement / embarquent accrus, décalage ou annulation d'escales.
- Forte restrictions opérationnelles sur les hubs du Golfe Persique.
- Tension à venir sur les équipements conteneurisés au regard de cette perturbation des flux maritimes.
Fret aérien : point de situation au 13 avril 2026
Situation générale :
Au 13 avril 2026, la situation en aérien semble évoluer progressivement de manière un peu plus favorable, même si l'espace aérien reste encore largement perturbé et instable.
Nous constatons une réouverture partielle et progressive de certains espaces aériens, permettant une reprise plus fluide des opérations. Malgré ces améliorations, la situation entraine une forte dépendance accrue aux HUBS alternatifs du golfe avec des capacités réduites et beaucoup de contraintes opérationnelles.
Points positifs |
Points de vigilance |
| Réouverture progressive de certains espaces | Situation hautement volatile |
| Reprise partielle des opérations | Fermetures possibles sans préavis selon l’évolution de la situation |
| Mise en place de route alternatives plutôt stables |
Risque sécuritaire toujours élevé dans la zone centrale |
Espace aérien :
| zone/pays | Statut au 13-04-26 | Niveau de risque | Commentaires |
|---|---|---|---|
| Iran | fermé | très élevé | zone critique fermée aux vols commerciaux |
| Irak |
fermé |
très élevé | aucun routing et aucun fret cargo autorisé. Seules exceptions: vols humanitaires, diplomatiques et militaires |
| Koweït | fermé | très élevé | Aucun transit |
| Israël | très restreint | très élevé | vols limités, ouvert mais de manière dégradée, bcp de suspensions de vols |
| Golfe : Emirats Arabes Unis, Qatar | partiellement ouvert | élevé | hub sous tension, capacités réduites mais opérationnelles |
| Bahrein | Réouvert | route alternative clé mais capacité moyenne | |
| Syrie | partiellement ouvert | élevé | très limité |
| Arabie Saoudite | ouvert avec restrictions | élevé | flux maintenus mais dégradés : axe principal de contournement |
| Jordanie | ouvert | modéré | route alternative clé |
| Oman | ouvert | modéré | flux maintenus mais dégradés : axe alternatif clé |
Impact global sur le transport aérien de marchandises :
- Capacité aérienne toujours réduite
- Temps de transit allongé de 1 à 4 jours en moyenne
- Coûts (fret + fuel) en forte hausse
- Fiabilité des schedules et bookings dégradée
- Reprise progressive du trafic.
Les tensions dans la région du Moyen-Orient continuent de perturber fortement le transport aérien international. L’escalade du conflit et les restrictions mises en place par plusieurs États compliquent l’organisation des vols et la circulation des marchandises.
TLF précise que "les fermetures d’espaces aériens en cascade — Syrie, Irak, Koweït, Iran, Israël, Émirats arabes unis — ont provoqué en 24 heures 19 000 retards de vols et plus de 2 100 annulations, représentant une contraction de 18% de la capacité mondiale de fret aérien."
Plusieurs compagnies aériennes évitent toujours certaines zones de l’espace aérien pour des raisons de sécurité. Les transporteurs sont contraints de modifier leurs plans de vol et de contourner les zones considérées à risque.
Les grands hubs aériens du Golfe ajustent actuellement leurs opérations. Certaines fréquences sont réduites et les programmes de vols sont adaptés afin de limiter l’exposition des appareils et des équipages aux zones sensibles.
Certaines compagnies aériennes comme Emirates, Qatar Airways et Etihad ont repris une partie de leurs vols vers Dubaï ou Abu Dhabi. Toutefois, ces rotations concernent principalement le rapatriement de passagers et de ressortissants. Il ne s’agit pas encore d’une reprise normale des opérations commerciales, et la capacité disponible pour le fret reste limitée.
Les principales plateformes de fret aérien du Golfe, notamment Dubaï, Doha et Abu Dhabi, sont particulièrement touchées. Ces hubs jouent un rôle central dans le transport de marchandises entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe, ce qui amplifie les effets des perturbations sur les chaînes logistiques internationales.
Les liaisons aériennes entre l’Asie et l’Europe sont également impactées.
Les compagnies doivent emprunter des routes plus longues pour éviter certaines zones, ce qui allonge les temps de vol, réduit la capacité disponible et entraîne une hausse des coûts pour les transporteurs.
Espaces aériens fortement restreints ou fermés
| Pays / Zone | Statut de l’espace aérien au 13 mars 2026 |
Impact sur les vols |
| IRAK | Fermé | Aucunes solutions pour le fret aérien |
| IRAN | Fermé | Cargos suspendus sauf exception très particulière |
| ISRAËL | Fermé Accès très restreint | Quelques solutions pour le fret aérien mais très limitées |
| SYRIE | Fermé | Aucunes solutions pour le fret aérien |
| KOWEIT | Fermé | Aucunes solutions pour le fret aérien |
| BAHRAIN | Fermé | Aucunes solutions pour le fret aérien |
| QATAR | Très restreint | Reprise partielle des vols => cargo limité |
| EMIRATS ARABES UNIS | Restreint | Reprise partielle des vols => cargo limité |
| ARABIE SAOUDITE | Partiellement fermé | Fret aérien => le réseau reprend progressivement |
| JORDANIE | Ouvert avec précautions | Fret aérien => le réseau reprend progressivement |
| LIBAN | Ouvert partiellement avec risque élevé | Quelques solutions pour le fret aérien mais très limité |
| OMAN | Ouvert | Pas de contraintes particulières |
Conséquences directes sur vos acheminements aériens
-
Allongement des temps de transit sur certaines routes intercontinentales.
-
Réduction des capacités disponibles.
-
Retards ponctuels et reports possibles de vols pour certaines expéditions.
-
Forte pression à la hausse sur les taux de fret et sur différentes surcharges.
À l’heure actuelle, la majorité des compagnies aériennes dénoncent les accords tarifaires existants.
Surcharge carburant (Fuel Surcharge – FSC)
De nombreuses compagnies aériennes annoncent déjà une augmentation des surcharges carburant en raison de la hausse des coûts énergétiques et de l’allongement des routes aériennes.
War Risk Surcharge (surcharge liée au risque de guerre)
Certaines compagnies introduisent également des surcharges liées au risque de guerre (Air France, Challenge, etc.) afin de couvrir les coûts supplémentaires liés aux assurances, aux mesures de sécurité et aux adaptations opérationnelles.
Potentielles solutions alternatives à étudier
Dans ce contexte de perturbations du trafic aérien au Moyen-Orient, certaines solutions de contournement peuvent être envisagées afin de sécuriser les flux logistiques.
- Muscat (Oman) peut devenir une plateforme de transit intéressante. Sa position géographique en dehors des zones les plus sensibles pourrait en faire un point de passage alternatif pour certaines opérations.
- L’Arabie saoudite peut également constituer une solution de contournement, notamment via les plateformes logistiques et aéroportuaires de Jeddah ou Riyadh, qui pourraient absorber une partie des flux habituellement traités dans les hubs du Golfe.
D’autres options peuvent également être étudiées selon les routes et les contraintes opérationnelles, comme le recours à des hubs de transit alternatifs hors du Moyen-Orient, notamment en Turquie ou en Europe du Sud, afin de sécuriser les connexions entre l’Asie et l’Europe.
Enfin, dans certains cas, des solutions multimodales combinant transport aérien et routier peuvent être envisagées afin de contourner les zones les plus perturbées et maintenir la continuité des chaînes d’approvisionnement.
Nos équipes vous accompagnent
La situation reste évolutive et dépend des décisions des autorités aéronautiques et des compagnies dans les prochains jours. Tous les opérateurs ajustent actuellement leurs rotations afin de maintenir au mieux la continuité des flux logistiques.
Dans ce contexte compliqué, les plans de transport peuvent être modifiés avec un préavis très court et les conditions opérationnelles restent susceptibles d’évoluer rapidement.
Nos équipes sont en lien avec les transporteurs en aérien et en maritime et étudient des solutions de reroutage et des itinéraires alternatifs afin de limiter les perturbations et d’assurer l’acheminement de vos marchandises vers leurs destinations finales.